Information du : 26/08/2026
Formation Répertoire - Cycle Sororité
Afin de préparer le premier cycle Répertoire de la saison, consacré à la sororité, nous proposons une journée de formation, le jeudi 3 septembre 2026, entre 14h et 17h, à destination des animateur·rices des salles du réseau. À travers quatre œuvres majeures réalisées par Vera Chytilová, Márta Mészáros, Anja Breien et Marleen Gorris, nous partirons à la découverte de cinéastes qui ont profondément renouvelé le regard porté sur les femmes et leur représentation à l'écran, tout en restant longtemps à la marge de l'histoire officielle du cinéma.
Cette journée sera l'occasion de replacer ces films dans leur contexte historique, esthétique et politique, d'interroger la place des femmes cinéastes dans le paysage européen des années 1960 à 1980 et de donner des clés de lecture pour accompagner ces projections auprès des publics. Un voyage cinéphile à la redécouverte de quatre œuvres libres, audacieuses et résolument modernes.
LES PETITES MARGUERITES
Un film de Vera Chytilová
Avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová, Julius Albert, Marie Cesková, Jan Klusák
Tchécoslovaquie / 1966 / 1h16
Marie I et Marie II s'ennuient dans une Tchécoslovaquie figée et sans horizon. Convaincues que « puisque le monde est corrompu, elles le seront aussi », elles décident de faire de leur existence un immense terrain de jeu. Elles manipulent des hommes plus âgés, multiplient les provocations, bousculent les convenances et entraînent le spectateur dans une succession de situations aussi absurdes que jubilatoires. Derrière leurs facéties se dessine une critique féroce d'une société autoritaire et conformiste.
Œuvre phare de la Nouvelle Vague tchécoslovaque, Les Petites Marguerites demeure près de soixante ans après sa réalisation d'une modernité saisissante. Mêlant collages visuels, expérimentations formelles, ruptures de ton et humour ravageur, Vera Chytilová invente un langage cinématographique d'une liberté exceptionnelle. Longtemps réduit à son statut de film « scandaleux », censuré peu après sa sortie, le film apparaît aujourd'hui comme un manifeste féministe avant l'heure, où l'insolence des deux héroïnes devient une manière de défier les rapports de pouvoir, les normes sociales et l'ordre établi. Un classique aussi réjouissant que subversif, dont l'énergie n'a rien perdu de sa force.
- À lire et à voir
-La page du distributeur Malavida
-Philippe Katerine à propos du film (LACINETEK)
-La page ADRC
-DVDClassik
-La Nouvelle Vague tchèque, mode d'emploi (LA CINEMATHEQUE FRANCAISE)
-Cannes Classics (Festival de Cannes)
ADOPTION
Un film de Márta Mészáros
Avec Katalin Berek, Gyöngyvér Vigh, László Szabó, Péter Fried
Hongrie / 1975 / 1h24
Kata, ouvrière en menuiserie d'une quarantaine d'années, aspire à devenir mère malgré le refus de son amant, déjà marié. Elle fait la connaissance d'Anna, une adolescente placée en foyer qui rêve d'épouser son petit ami pour s'émanciper. Entre ces deux femmes que tout semble opposer naît une relation faite de confiance, de solidarité et d'affection, qui les conduira à inventer ensemble une autre manière de faire famille.
Premier film réalisé par une femme à remporter l'Ours d'or au Festival de Berlin, Adoption est l'une des œuvres majeures de Márta Mészáros, figure pionnière du cinéma hongrois. Avec une grande délicatesse, la cinéaste explore les désirs, les renoncements et les aspirations de deux femmes confrontées aux normes sociales de leur époque. Loin de tout discours démonstratif, elle filme leurs visages, leurs gestes et leurs silences dans un magnifique noir et blanc, laissant affleurer toute la complexité de leurs existences. En faisant de la solidarité féminine une force d'émancipation, Adoption propose un regard d'une profonde humanité sur la maternité, l'indépendance et les liens que l'on choisit. Une œuvre sobre, sensible et toujours d'une remarquable modernité.
- À lire et à voir
-Fiche AFCAE
-DVD Classik
WIVES
Un film d'Anja Breien
Avec Anne Marie Ottersen, Katja Medbøe, Frøydis Armand
Norvège / 1975 / 1h24
Le temps d'un week-end, trois amies d'une quarantaine d'années décident de s'échapper de leur quotidien. Épouses, mères et ménagères, elles laissent derrière elles maris, enfants et responsabilités domestiques pour partir sans destination précise. Au fil de leurs rencontres, de leurs discussions et de leurs errances, cette parenthèse devient une expérience de liberté où chacune interroge sa place, ses désirs et les rôles que la société lui assigne.
Réponse féminine au célèbre Husbands de John Cassavetes, Wives inverse le point de vue et transforme une fugue légère en réflexion profonde sur la condition des femmes. Sans jamais céder au didactisme, Anja Breien mêle humour, mélancolie et improvisation pour capter l'énergie de ses trois héroïnes et l'ambivalence de leur quête d'émancipation. Derrière l'apparente simplicité du récit se dessine un portrait d'une grande finesse des contradictions de la société scandinave des années 1970, mais aussi des aspirations universelles à l'autonomie et à la solidarité. Longtemps méconnu hors de Norvège, Wives apparaît aujourd'hui comme une œuvre essentielle du cinéma européen, dont la modernité et la liberté de ton résonnent avec une étonnante actualité.
- À lire et à voir
- Fiche AFCAE
- La page du film
LE SILENCE AUTOUR DE CHRISTINE M.
Un film de Marleen Gorris
Avec Edda Barends, Nelly Frijda, Henriëtte Tol, Cox Habbema, Sigrid Koetse
Pays-Bas / 1982 / 1h32
Christine M., secrétaire sans histoire, est accusée d'avoir assassiné un homme qu'elle ne connaissait pas. Au fil de l'enquête, trois femmes – une juge, une psychiatre et une avocate – tentent de comprendre son geste. Mais plus elles s'approchent de Christine, plus les certitudes vacillent. Derrière ce fait divers énigmatique se dessine une réflexion troublante sur la violence, le pouvoir et la place des femmes dans une société façonnée par les normes masculines.
Premier long métrage de Marleen Gorris, Le Silence autour de Christine M. s'est imposé dès sa sortie comme une œuvre majeure du cinéma féministe européen. Refusant les explications psychologiques simplistes, la cinéaste construit un récit d'une grande rigueur où le silence de son héroïne devient un espace de résistance face aux injonctions sociales et judiciaires. Par une mise en scène épurée et une narration qui privilégie l'observation au jugement, Gorris invite le spectateur à remettre en question les mécanismes de domination et les représentations de la violence. D'une remarquable modernité, le film annonce déjà les grandes thématiques qui traverseront son œuvre, couronnée quelques années plus tard par l'Oscar d'Antonia et ses filles. Une proposition exigeante, fascinante et profondément politique.
- À lire et à voir
Fiche AFCAE